A l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes du 25 novembre, vous avez pu lire un certain nombre d’articles détaillant le traitement effroyable encore réservé à certaines femmes : tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon.
J’attire l’attention sur le fait que les inégalités
hommes/femmes existent encore …
C’est que les femmes font encore l’objet de violences, et ce genre de journée de mobilisation permet de le rappeler. J’espère que cette journée permettra aussi de relancer le débat sur les inégalités qui existent encore entre les hommes et les femmes et qui sont en grande partie à l’origine de ces violences. Car il me paraît évident que les femmes restent assujetties à la manière dont une culture, une religion, une nation, un système politique ou une catégorie sociale se représente le rôle qu’elles seraient sensées avoir dans la société.
Ainsi, par exemple, peu de femmes en France ont accès aux études considérées comme étant faites pour des hommes et se cantonnent aux filières plus littéraires. Celles-ci comportent 76,4 % de femmes, alors que les femmes représentent 27,8% des effectifs des filières scientifiques. A un poste équivalent, une femme gagne aussi généralement moins bien sa vie qu’un homme. Les femmes ont tendance à s’autocensurer et à afficher des ambitions plus limitées que les hommes : elles sont victimes du « plafond de verre ».
… et que les lesbiennes sont encore plus discriminées
que les hétérosexuelles.
Il me semble que le problème des inégalités est particulièrement sensible pour les lesbiennes, car elles font l’objet d’une double discrimination : celle liée à leur genre et celle liée à leur orientation sexuelle et sentimentale. Lorsque j’entends parler de « l’égalité hommes/femmes », j’ai toujours l’impression qu’il est sous-entendu « égalité hommes/femmes hétérosexuelles ». A mon avis, les homosexuelles sont souvent oubliées dans la lutte contre toutes les formes d’inégalités subies par les femmes. Ce vide doit être comblé par une meilleure prise en considération des violences spécifiques subies par les lesbiennes.
La société française ne fait pas assez de place, à mon goût, aux homosexuelles.
La discrimination contre les lesbiennes, appelée lesbophobie, peut être le fait d’hétérosexuel(le)s et prend une multitude de formes (violence physique, réduction de la femme à un objet de fantasme, etc.). Les homosexuels peuvent aussi être à l’origine de lesbophobie. A l’instar des lesbiennes, les gays cherchent à s’affranchir de l’hétérocentrisme, mais ils tendent à oublier que la société française est aussi machiste. Il me semble que les gays ont été naturellement mieux intégrés dans la société que les lesbiennes, puisque, malgré leur sexualité, ils appartiennent au genre historiquement dominant.
Les homosexuelles, quant à elles, ont pris l’habitude de vivre en-dehors de ce système, puisqu’elles ne recherchent pas d’homme pour partager leur vie. Elles sont donc rejetées par les hommes qui ne comprennent pas qu’on puisse ne pas avoir besoin d’eux, et par les femmes hétérosexuelles qui ne comprennent pas qu’on ne puisse pas, comme elles, avoir besoin d’un homme. Afin d’éviter les agressions au quotidien, il me semble que les lesbiennes ont pris l’habitude de cacher leur homosexualité au quotidien, bien plus que ne le font les gays dans leur ensemble.
Pour moi, le drame est que si les lesbiennes s’exposent, elles sont victimes de discriminations… mais que si elles ne s’exposent pas, aucun cadre législatif n’émergera pour les protéger.
Une enquête de SOS Homophobie (2006) montre que 63 % des lesbiennes déclarent avoir été victimes de faits lesbophobes : dans la vie quotidienne (45 %) au sein de leur famille (44 %), au travail (24 %) de la part de leur voisinage (18 %), etc. Mais ce qui est encore plus grave, c’est que les lesbiennes ont tendance à ne pas parler ouvertement des agressions qu’elles subissent. Il ne faut pas oublier non plus qu’alors que la violence dans les couples hétérosexuels commence à être plus sérieusement prise en compte par les pouvoirs publics, la violence entre lesbiennes, qui peut aussi exister, reste encore tabou.
Outre les violences commises à l’encontre des homosexuelles, les pouvoirs publics ne s’occupent pas de la santé des lesbiennes, qui n’ont pas facilement accès aux informations essentielles ayant trait à leur sexualité. Par exemple, des lacunes en termes de prévention des cancers du sein et du col de l’utérus existent, puisque beaucoup de lesbiennes considèrent que seules les hétérosexuelles, qui prennent la pilule, ont besoin de rendre visite à leur gynécologue.
Une meilleure visibilité des homosexuelles dans la vie publique et une plus grande prise en considération des questions liées à leurs modes de vie leur permettraient, à mon avis, de mieux faire face au quotidien à la double discrimination dont elles sont victimes.
C’est pourquoi GayLib a décidé de lancer la commission « Femmes : vers la reconnaissance des homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles dans la société française ». Cette commission a pour vocation d’étudier le statut de la femme en France pour que toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle et sentimentale, se sentent libre de s’exprimer, grâce à une meilleure prise en compte par les pouvoirs publics des questions liées aux femmes.
Que vous soyez un homme ou une femme, si ces sujets vous intéressent et/ou si vous êtes tenté de travailler au sein de la commission, je vous invite à me contacter : anne.boring@gaylib.org
Anne Boring, trésorière de GayLib et présidente de la commission « Femmes : vers la reconnaissance des homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles dans la société française ».