C’était en 2002. A droite, rien n’existait pour défendre l’égalité des gays et lesbiennes. Sébastien Chenu et moi-même obtenions la confiance d’Alain Madelin pour créer la commission gay et
lesbienne de Démocratie libérale. Cette appellation me semblant peu porteuse, je me réveillais en pleine nuit avec ce nom en tête : ce sera GayLib ! Et GayLib fut. Nous fûmes
immédiatement rejoins par ceux qui allaient devenir avec nous les fondateurs : Emmanuel de la Pagerie, Christophe Soullez, Stéphane Dassé et Michel Bujardet.
Nous étions alors un groupe d’amis unis par des valeurs communes : l’amitié, le respect de la parole donnée, le sens de l’honneur dans le combat politique.
Il y avait aussi des objectifs communs : faire avancer la visibilité des gays et lesbiennes en politique, lutter contre l’homophobie, obtenir l’égalité en tout point avec le reste de la
population.
Si on peut se féliciter qu’en 7 ans à peine, l’action associative de gaylib ait contribué à ce que le « coming out » ne condamne plus la carrière d’un ministre, nous sommes loin d’avoir
remporté les suffrages sur des sujets qui restent clivants ou qui entraînent une certaine hostilité, comme l’homoparentalité.
Pour avoir, avec beaucoup d’autres, travaillé à cette réforme des esprits, je sais que l’on ne gagne ces combats difficiles qu’en étant guidé par l’indépendance à l’égard des puissants comme à
l’égard des masses. L’indépendance ne signifie pas être irresponsable ou incontrôlable.
L’indépendance, c’est renoncer à plaire et à courtiser dans
l’espoir d’obtenir des strapontins du pouvoir.
C’est parce que je tiens à cet état d’esprit que je ne me reconnais pas – et, pire encore, je considère comme préjudiciable à notre combat – la démarche de Stéphane Dassé qui le 30 août 2007
écrivait en tant que Président de GayLib au Secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, afin d’obtenir un poste de Secrètaire national de l’UMP pour lui-même. Se vendre pour pas cher c’est
communiquer sur le fait que l’on ne vaut pas grand-chose. Ce ne serait pas grave, ça pourrait même être drôle, si ça n’engageait pas l’image de notre mouvement tout entier. Un Président de GayLib
qui se résout à une telle démarche n’aurait jamais pu être celui qui, comme moi, écrivait une lettre ouverte à ce même Patrick Devedjian quelques mois plus tard, non pas pour lui quémander un
poste, mais pour exiger de lui que notre famille politique se positionne clairement contre Christian Vanneste.
C’est donc aussi pour défendre cet esprit d’indépendance et de droiture qu’en 2008 je me suis présenté à la Présidence de GayLib. Et c’est dans cet esprit que j’ai été élu et qu’avec d’autres
nous avons fait aboutir en quelques mois à peine de grands dossiers : la reconnaissance par la France de la journée mondiale contre l’homophobie, une déclaration devant les
Nations-Unies (rien que ça…) de dépénalisation universelle de l’homosexualité, le statut du beau parent/ statut du tiers qui va être présenté au Parlement en 2009, pour ne citer que les plus
importants dossiers.
En 2002 comme en 2008, en tant que fondateur comme en tant que Président élu, j’ai voulu préserver les valeurs d’origine de GayLib et faire en sorte qu’elle ne devienne pas le lieu
d’expression des ambitions personnelles mais celui de la lutte pour l’égalité de notre communauté.
Voilà le GayLib que, avec Sébastien Chenu, Emmanuel de la Pagerie, Christophe Soullez nous avions souhaité. Voilà le GayLib qu’avec mon équipe, Emmanuelle Révolon, Olivier Boileau-Descamps, Eric
Vacher, François Decraene, Annick de Manassein, Nicolas Sainmont, Patrick Joly, Benoit Schmid nous avons défendu.
Celui dont nous sommes légitimement fiers car il marquera à tout jamais l’histoire de notre famille politique.
Aujourd’hui les choses ont bien changé. Signe peut-être de son incroyable succès, notre association est désormais le lieu de conflits violents avec l’utilisation de moyens hors de
proportion pour prendre la direction de GayLib. L’utilisation à outrance de procurations et l’adhésion massive de gens qui n’ont jamais mis les pieds à GayLib sont des méthodes que jamais je ne
pensais voir dans notre association. L’utilisation abusive et massive de la base des adhérents pour mener une campagne parallèle de propagande au détriment des candidats ne faisant pas parti du
clan de la nouvelle équipe dirigeante est sans précédent dans l’histoire de notre mouvement.
Bien qu’élu moi-même, je ne me reconnais ni dans la nouvelle équipe dirigeante ni dans les méthodes qui ont abouti à son élection, ni en leur capacité à incarner ce que je crois être juste et
bon pour notre mouvement.
C’est pour l’ensemble de ces raisons qu’au prochain CA j’assumerai mon rôle de Président et qu’une fois le nouveau Président élu, je rentrerai dans l’opposition, au sein du CA, à cette équipe et
à ses méthodes. J’espère que les droits de l’opposition seront respectés et que je pourrai périodiquement m’adresser aux militants pour faire valoir les vues de cette opposition.
Naturellement, c’est un choix que je fais à regret mais c’est un choix que je regretterai moins que celui qui consisterait à cautionner par ma participation des méthodes et une ligne politique
qui sont très éloignées de mes idéaux et de l’esprit fondateur de GL.
En tant qu’administrateur, je reste bien évidemment à la disposition des militants de GayLib pour qui les valeurs auxquelles je crois, et qui furent celles de la fondation de GayLib, demeurent le
centre de leur engagement politique : l’indépendance, le sens du devoir, le sens de l’engagement et de l’honneur.
Bien à vous,
Emmanuel Blanc
Président de GayLib
emblanc@neuf.fr